Croyez moi mes chers compatriotes. Je ne vous oublie pas et reste à vos côtés. Après tout, mes chers compatriotes, je suis tel
que vous, pas très différent du français moyen au fond. Bien sûr, vous gagneriez à être comme moi, avant tout un battant comme mon ami Bernard Tapie, mais comprenez moi bien : au tréfonds de
mon cœur, je vous appartiens. Je reprends donc le récit de mon « exploit personnel », selon la formule habituelle de mon ami David Douillet, au moment
interrompu.
Hubert Védrine accepta donc de me voir. Le jour de notre rencontre venue, j’ai fait prévenir quelques journalistes de mes amis
qu’il sortirai par une porte dérobée, histoire de le faire entrer un peu plus loin dans mon jeu du ralliement-d’authentiques-personnalités-de-gauche. Là face à lui, j’ai avancé que sa
démonstration téléphonique (voir la 1ere partie du récit) n’était pas si contraire à mon projet que ça. Je vous parlerai plus tard des détails de fond mais pour l’heure, ce n’est pas essentiel.
Il me fixait mais a gardé le silence, plissé les yeux, s’est enfoncé dans le fauteuil club et j’ai compris que l’argument avait manqué sa cible. Mais, vous me connaissez, je l’avais prévu et
préparé la suite : « Monsieur le ministre, poursuivais-je ainsi, laissons là les discussions théoriques qui, de toutes façons, ne parviendront jamais à prévoir tous les faits à venir
dans le monde extrêmement dangereux qui se trouve être le nôtre. Parlons plutôt de la France, de l’avenir. Vous le savez comme tous les français, depuis le 6 mai, l’avenir de la France se confond
avec le mien. Et mon avenir, vous le percevez aussi, va au bas mot durer 10 ans. Vos amis socialistes ont des troupes mais ni leader ni projet, et François Bayrou n’a pas de troupes (elles m’ont
déjà rejoint). Monsieur le ministre, je vous sais adepte de la real politik alors convenez que je suis sans concurrence pour 2012. Et votre avenir, quel est-il ? Si vous vous refusez à moi, votre camp ne vous rétribuera pas de votre fidélité et vous continuerez à dédicacer vos ouvrages savants dans les magasins de mon ami
François Pinaut. Si au contraire, vous rentrez à mon service, Hubert Védrine, vous retrouverez le feu de l’action, le pouvoir et la séduction qui s’ensuit, et reculerez, tant de français en
rêvent croyez moi, l’âge de votre retraite. »
Il m’a simplement répondu : « je vais y réfléchir ». Alors là, mes chers compatriotes, mesurez bien ces paroles
d’un pur produit du Quai d’Orsay. En langage diplomatique, elles signifient qu’il ne peut passer si facilement du « non » au « oui » - ce serait trop simple – mais qu’il
va dire oui. Franchement, mes chers compatriotes, j’en suis convaincu et les français donc aussi. De
toutes les manières, si d’aventure il trahissait ma confiance et l’amitié que je lui est faite, Kouchner, lui, ne saurait résister à la tentation du pouvoir, convaincu qu’il est de ses supposées
qualités…
Demain matin, je vous le dit mes chers compatriotes, je sens que je vais faire un footing le cœur très léger ! Et comme le
dit mon ami Bigard, « Nico, là, tu l’as bien niqué, le socialo ! Il lui reste plus qu’à tout recoudre ! » Qu’il est con, ce Jean-Marie… Mais j'arrive pas à ne pas rire
!
Votre humble serviteur de tous les français,
NS.
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